DOCUMENTS

 

[Editor's Note:  The French text has not been exhaustively proofread]

The ———— House for Study, Translation and Publishing obtained the following documents concerning the murder of Father Thomas. These were the official Messages between the French consul in Damascus, and the French consul General in Alexandria, and the French Government in Paris, during the time of the crime, its ambiguity and of the circumstances.

We have affixed to each document, its number, date, and source as it is listed in the preserved records of the French Foreign Ministry.

 

Damas, le 21 décembre 1839

Ratti-Menton au ministre, le maréchal duc de Dalmatie,
Président du Conseil, ministre d'État des Affaires Etrangères

Objet: Le Père Thomas, religieux franciscain et se demande de pension pour ses vieux jours.

Le Père Thomas, aujourd'hui presque septuagénaire, s'est rendu en Syrie, il y a presque 30 ans, d'après la promesse que lui fit le cardinal Fesch que le gouvernement impérial pourvoirait à son sort. Il est certain que cette promesse n'obtint jamais sa réalisation et que le religieux dont il s'agit s'est u réduit aux ressources les plus exigus.

D'après les renseignements pris par moi auprès de Mr Beaudin et qui concordent avec ceux de nos pères lazaristes, le Père Thomas a été toujours un homme paisible, remplissant sans fanatisme les devoirs sacerdotaux et s'était concilié ici l'estime et l'affection des chrétiens et des musulmans.

Mais un fait qui, selon moi, doit lui mériter la bienveillance du gouvernement du Roi et de tous les amis de l'humanité, c'est l'introduction de la vaccine que lui doit les populations de Damas et qu'il a propagé avec un zèle louable.

Il fonde d'autant plus d'espoir pour sa demande d'une pension que son grand âge ne lui permettra pas d'en jouir longtemps. Je dois ajouter qu'il est presque aveugle et que l'existence à Damas d'une cure (paroissiale) desservie par les moines de Terre sainte le prive des émoluments qu'il aurait eus comme chapelain de la nation.

Je suis...

 

Source: Archives Affaires Etrangères

Direction commerciale et du contentieux Consulat de Damas, Vol. 1 (1839-1844), rapport n.12, fol.24-25.

 

Damascus, December 21, 1839

From: Ratti-Menton

To: The Minister, the Marshal Duke of Dalmatie, President of the Council of Minister, Minister of Foreign Affairs.

The Subject: Father Thomas, the French religious man, who is requesting a retirement salary in his old age.

Father Thomas is seventy years old today. He came to Syria about thirty years ago. The Cardinal had promised him in the name of the Imperial Government at the time of his mission. Certainly, this promise has not been fulfilled. And this man of religion is left with the minimum requirement for his living needs.

My personal investigation of this matter was in agreement with that of Mr. Beaudin and the Lazarist Father, confirming that Father Thomas was a man of gentle character, and has practiced his sacred religious obligation with tolerance and without discrimination, which has made him an object of love and respect for both Christians and Muslims.

Father Thomas introduced the smallpox vaccine, which was badly needed by the people of Damascus. He utilized it widely with great enthusiasm which deserves our gratitude. This act, in my opinion, deserves the attentive attention and care of the Royal Government, and all friends of humanity. He cherished high hopes for the fulfillment of his request for a retirement salary in his old age, which does not allow him to do much work. I find it necessary to also state that he has very poor sight, being almost blind. And that the presence of this religious man in Damascus who has served the cause of the Holy Land, while depriving himself of a salary he deserves and which he would have received as a Priest for his country, had he worked in his country.

Faithfully

The Source: Preserved Documents of the Foreign Ministry Department of Trade and Continental Affairs Consulate of Damascus Vol. I (1839-1844), Report No. 12, pp. 24-25.

 

Paris. le 10 Avril 1840

Réponse à cette demande.

Thiers, Le Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères.

Objet: Allocation au Père Thomas.

!!...

.....

La demande adressée à mon prédécesseur, en faveur de ce religieux...

L'ordre des Franciscains auquel appartient le Père Thomas n'étant pas au nombre de ceux auxquels le gouvernement du Roi alloue une subvention au Levant, il n'y a aucun moyen de donner suite à la demande...

Quant aux réparations que paraît réclamer le couvent des Capucins à Damas, il ne saurait y être pourvu qu'aux frais de cet ordre qui jouit d'ail-leurs d'une allocation annuelle sur les fonds de mon Département.

 

Source: Mémes archives-même consulat de Damas. vol.1 (1839-1844), instructions 4, fol. 38.

Commentaire: Cette réponse n'avait aucune raison d'être, puisque le Père Thomas avait été assassiné entretemps.

 

Paris, April 10th, 1840

Response to the Message

To: Thiers; The President of the Council of Ministers, Minister of Foreign Affairs.

Subject: Allocation of Salary for Father Thomas

 

Regarding the request which was transferred to me by my predecessor in regard to the above mentioned man of religion.

The order of the French Church, to which Father Thomas is a member, did not mention him among those who were sent by the Royal Government to the East. There is no way to fulfill his request.

But there are compensations allocated to the Capucins Convents in Damascus, these (compensations) are awarded for such purposes. However these are presented only as annual awards, and are from my department allocations.

 

Source - Same Documents

Consulate of Damscus Vol. I (1839-1844), Instructions No. 4, p. 38.

 

Note: There was no need for this response, because Father Thomas was murdered during this period.

 

Alexandrie, le 5 mars 1840

Cochelet au ministre, le maréchal duc de Dalmatie, Président du Conseil, ministre lai des Affaires Etrangeres.

Objet: L'assassinat du Père Thomas.

!!...

.....

Il y a eu à Damas un assassinat qui a consterné la ville. Un religieux franciscain, protégé de la France a disparu. Et d'après les révélations d'un bai hier juif qui a déclaré avoir été appelé chez un négociant israélite pour couper la gorge de ce prêtre, on suppose qu'il a été la victime du fanatisme des juifs.

Le consul de France et le gouverneur général se sont parfaitement entendus pour taire arrêter ceux que l'on suppose coupables de ce crime, et l'affaire sera poursuivie avec actis ité. Mehemet Ali vient, d'après mes représentations de donner les ordres les plus sévères pour que la punition des coupables ait lieu.

 

Source: Archives Affaires Étrangères.

Consulat général d'Egypte et dépendances.

Egypte, vol. 9 (1839-1844) Direction politique, rapport n.170, fol.321.

 

Alexandria, March 5th, 1840

From: Cochelet.

To: The Minister Marshal Duke of Dalmatie, President of the council of Ministers.

Subject: The Assassination of Father Thomas.

A crime was committed in Damascus, the cause of great alarm in the city. A religious French man, respected by France, has disappeared. The investigation has revealed that a Jewish barber confessed that he was called by a Jewish Merchant, who requested him to cut the throat of this Priest. It is assumed that he was a victim of Jewish Fanaticism.

There is a complete understanding between the French Consul and the Governor General to arrest those who supposedly committed the crime. The matter will be pursued relentlessly. It was related to me, by those who represented me to Mohamad Ali, that he gave his stern orders to punish those who are guilty.

 

Source: Preserved Document of the French Foreign Ministry, the General Consulate in Egypt.

Egypt. Vol. IX (1839-1844) The Political Administration Report No. 170, p. 321.

 

Alexandrie, le 2 avril 1840

Cochelet à Thiers, le Président du Conseil, ministre des Affaire. Etrangères.

Objet: L'assassinat du Père Thomas.

L'affaire relative à l'assassinat du Père Thomas, égorgé à Damas par les juifs... a été poursuivie par le comte de Ratti-Menton qui a été parfaitement secondé par le gouverneur général de la Syrie avec beaucoup d'activité et d'énergie.

Je laisse à ce consul le soin de vous rendre compte de toutes les circonstances de cet assassinat qui aura un grand retentissement, si, comme on l'assure et ce qu'on a peine à croire, il a été causé pour un motif religieux. Mais je ne crois pas pouvoir me dispenser de mettre sous vos yeux la copie d'une déclaration envoyée à Mehemet Ali et qui a été faite par un rabbin qui s'est fait musulman, de laquelle il semblerait résulter que le sang humain est nécessaire aux juifs pour célébrer leur Pàque et qu'il en manque à Damas. Cette découverte inattendue a donné lieu de supposer que des individus qui ont disparu depuis longtemps, sans qu'on ait su ce qu'ils étaient devenus et entr'autres des esclaves grecs qui avaient été achetés par les juifs lors de la guerre de Morée, ont été victimes du fanatisme de ces derniers.

Mehemet Ali a ordonné de faire des recherches pour se mettre sur les traces de ces disparitions et il tient de prescrire à son fils Ibrahim Pacha d'agir sans empressement, avec prudence et discernement, afin d'arriver à la connaissance de la vérité dans une affaire qui intéresse le monde entier et qui va soulever de nouvelle et grande animosité contre les juifs.

Le retentissement qu'elle a déjà eu à Smyrne a donné lieu à quelques excès et a mis le grand rabbin Pencas de Segura dans la nécessité de désavouer par une note qui a été rendue publique, la supposition que les juifs se servent de sang chrétien dans la solennité de leur Pâque.

Les poursuites qui seront exercées à Damas contre le grand rabbin Racoub d'Anteb qui a été accusé par le rabbin Moussa Abou Afieh d'avoir reçu le sang du Père Thomas feront sans doute connaître la vérité.

 

Annexe: la déclartion de Moussa Abou Afieh.

Source: La même que sopra, fol.9-10 et pour l'annexe, fol.11-13.

 

Alexandria, April 2nd, 1840

From: Cochelet.

To: Thiers, The President of the Council of Ministers, Ministers of Foreign Affairs. Subject: The Assassination of Father Thomas.

 

Count Ratti-Menton continued to pursue the assassination case of Father Thomas, who was slain by the Jews in Damascus. He was greatly assisted by the Governor General of Syria, who was also pursuing the investigation with firmness and energy.

I have assigned to this Consul the task of reporting to you the entire circumstances concerning the assassination operation which has caused a great uproar, when it became absolutely certain that the cause of the crime was religious which was hard to believe. I believe it is my obligation to submit to you a copy of the confession sent to Mohamad Ali, containing the testimony of the Rabbi, who declared his conversion to Islam, which indicates that the Jews need human blood for the celebration of Yum Kippur, the remembrance of the Jews departure from Egypt. This year they did not have blood available to them in Damascus. This unexpected discovery has opened up a wide range of speculation and suggestion that persons who have disappeared a long time ago, with unknown circumstances surrounding their disappearance, may have been victims of this Jewish fanaticism. And among those who have disappeared are the Greek slaves who were bought by the Jews during the Muree War.

Mohamad Ali ordered a search and an investigation of those who had previously disappeared. He wrote to his son, Ibrahim Pasha, to move slowly and carefully, and to work in a secretive manner in order to reach the truth about a case which was highly important to the world, and which might stir a new, great hatred against the Jews.

These repentant echoes in Izmir opened the way for some radical sentiments, which caused the Grand Rabbi Pencas Segura to issue a note openly declaring his disapproval of the crime. This also led to the assumption that the Jews used Christian blood for the celebration of Yum Kippur.

The immediate continuance of these investigations in Damascus which were conducted against the Grand Rabbi, Moussa Bokhour Yehuda, known as the Salahiki, who was accused by Rabbi Mussa Abou Al—Afieh of receiving the blood of Father Thomas, would certainly uncover the truth.

 

Annex: The declaration of Musse Abou Al-Afieh.

Source: Ibid., pp. 9-10, for annex, pp. 11-13.

 

Alexandrie, le 6 avril 1840

Cochelet à Thier, le Président du Conseil, ministre des Affaires Etrangères.

Objet: L'assassinat du P.Thomas-Les juifs de Damas et l'Autriche (extrait).

Mr de Ratti-Menton me rend compte de quelques discussions assez vives qu'il a eues avec le consul d'Autriche à Damas et qu'il vous fera sans doute connaître, à l'occasion de la procédure relative à l'assassinat du Père Thomas, d'après laquelle il semblerait que le consul d'Autriche cherche à dérober quelques coupables, qui sont sous sa protection, à l'action de la justice dans des vues que l'on suppose sordides.

Je viens d'apprendre que Mr le consul général d'Autriche à Alexandrie devait écrire à son gouvernement dans des termes peu modérés pour se plaindre de la conduite de Mr Ratti-Menton. Il est probable que le Cabinet de Vienne vous soumettra à cet égard une représentation.

Je vous prie, Mr le Ministre, d'ajourner votre réponse jusqu'à ce que Mr le consul du Roi A Damas vous ait donné tous les éclaircissements qui pourront vous mettre à même de fixer votre opinion. Je crois pouvoir vous assurer d'avance qu'ils auront lieu de vous satisfaire.

 

Source: Archives Affaires Etrangères

Consulat général d'Alexandrie- Direction commerciale et du contentieux. vol.28, fol.511, (nr.179).

Remarque: Le même document, mimes archives- Consulat général d'Egypte et dépendances, vol.10 (1840), fol.17-18.

 

Alexandria, April 6th, 1840

From: Cochelet.

To: Thier, The President of Council of Ministers and Foreign Minister.

Subject: The Assassination of Father Thomas and the Jews of Damascus and Austria.

I was informed by Ratti-Menton of a sharp argument between him and the Consul of Austria regarding the proceedings of the assassination of Father Thomas. It appears that the Consul of Austria is trying to secure the protection of some of the guilty ones who are under his protection, and to intervene with justice, and to disregard opinions he assumes to be stupid. Mr. Ratti-Menton will inform you regarding this.

Also, I happen to know, at this moment, that the General Consul in Alexandria, submitted to his government a report containing very strong words, expressing his irritation with Mr. Ratti-Menton. And in all probability the Government of Austria will send its objection of the matter.

Please, Minister Sir, you may delay your response until the King's Consul presents all clarification and information which will enable you to make your decision. I am very sure before hand that these clarifications will win your satisfaction.

Source: Preserved Documents of the Foreign Ministry, The Consul General in Alexandria, Department of Commerce and Global Affairs. Vol. XXVIII, p. 511.

 

Paris, le 28 avril 1840

Le ministre Thiers à Cochelet.

Objet: Assassinat du P.Thomas et mission d'enquête de Mr Desmeloizes.

Vous avez été informé par la correspondance du roi à Damas des circonstances relatives à la disparition d'un missionnaire catholique placé sous sa protection et qu'on suppose avoir été assassiné...

... (insuffisance du rapport de Mr Ratti-Menton).

Cependant des bruits généralement répandus en Europe et qui tendent à présenter sa conduite sous les couleurs les plus défavorables me font un devoir de faire éclairer sur les lieux mêmes et le plus promptement possible l'obscurité qui enveloppe pour moi les circonstances de ce malheureux événement.

D'où la nécessité de l'envoi de Mr Desmeloizes, par la voie la plus prompte à Damas, avec mission de vérifier l'ensemble des faits, tant à l'égard de Mr Ratti-Menton qu'à celui des autorités locales et de me transmettre le résultat de cette enquête par votre intermédiaire...

 

Source: Archives Affaires Etrangères

Consulat général d'Alexandrie- Direction commerciale et du contentieux, vol.28, fol.438 (nr.63).

 

Paris, April 28, 1840

From: Minister Thiers.

To: Cochelet.

Subject: The Assassination of Father Thomas and the Investigation Committee, Mr. Desmeloizes presiding.

The Representative of the King's Consul in Damascus had informed you about the circumstances surrounding the disappearance of a Catholic Missionary among those who were under his protection, and it is assumed that he was assassinated.

(Deficiency in Mr. Ratti-Menton's Report)

A General uproar has been heard in Europe during this period, trying to pin all kinds of accusation, and in an inappropriate manner, against Mr. Ratti-Menton, which makes it urgent for me to explain the situation as soon as possible in order to clarify the surrounding obscurity regarding this evil incident.

Due to this urgent necessity, I have sent Mr. Desmeloizes, to arrive in Damascus with due haste, to assume the task of investigating the happenings, with whatever is available to Mr. Ratti-Menton, or by cooperation with the local authorities, pending the results of this investigation which he will deliver to me through your office.

 

Source: Ibid. pp. 438.

 

Paris, le 9 mai 1840

Le ministre à Cochelet.

Objet: Assassinat du P.Thomas et mission d'enquête de Mr Desmeloizes.

... (Raison de cette mission: insuffisance des rapports du consul).

La prudence de cet élève-consul me persuade d' ailleurs qu'il saura apprécier la nature délicate de cette mission confidentielle et concilier l'obligation qu'elle lui impose d'épuiser tous les moyens d'information pour éclairer les faits avec les ménagements que réclame la position du consul du roi...

 

Source: même archives- Alexandrie, vol.28, fo1.454 (nr.64).

 

Paris May 9th, 1840

From: The Minister.

To: Cochelet.

Subject: The Assassination of Father Thomas and the Investigation Committee Mr. Desmeloizes presiding.

 

The reason for the formation of this Committee is due to insufficient information in the Consul's reports.

The reservoir of intelligence and caution possessed by the Assistant Consul convinced me that the nature of this delicate and secret mission demands the utmost concern, and commitment for whatever is needed in this investigation including utilizing of all available means in order to obtain the information which will shed light on the events of the incident, and to take the appropriate measures needed, in accordance with the status and opinions of the King's Consul.

 

Source: Ibid. p. 454.

 

Constantinople, le 21 avril 1840

Représentants des israélites de Damas à l'ambassadeur de France.

Objet: Pétition en favour des juifs de Damas, au sujet de l'assassinat du Père Thomas.

Monsieur l'Ambassadeur,

Les soussignés, agissant au nom de la Communauté israélite de Damas, ont l'honneur d'exposer à votre Excellence, que d'après l'absence du P.Thomas, capucin protégé français et son domestiqe, dans la dite ville, sur des soupçons élevés seulement d'avoir vu le dit capucin dans le quartier des israélites et de ne pas l'avoir vu sortir, Mr le comte de Ratti-Menton consul de France à la résidence de Damas, a fait arrêter et conduire dans les prisons du gouvernement local plusieurs israélites, qu'on a horriblement tourmentés, lequel, au milieu de ses souffrances dans l'espoir de s'en libérer, a déposé que les 7 négociants israélites de première classe l'ont fait appeler pour égorger le dit capucin, que, d'après son dire ont été arrêtés les dits respectables 7 individus dont la probité est connue encore en France par les premières maisons de commerce avec lesquelles ils sont en relation d'affaires depuis de longues années. Et sur cette calomnie on les a horriblement tourmentés, que deux de ces négociants ont succombé, ainsi que 4 des principaux arrêtés. Les restants, préférant la mort aux horribles tourments se sont déclarés coupables. Mais, aussitôt qu'on leur accorda un moment pour respirer, ils juraient ne rien savoir et protestaient de leur innocence.

Et comme, d'après la loi, les accusés ne peuvent être interrogés qu'après avoir entendu les dépositions de témoins à charge et à décharge et jamais mis à la torture, les pétitionnaires se croient en raison de recourir à l'équité de Votre Excellence, sachant qu'elle propose (sic) des sentiments philanthropiques pour requérir ainsi qu'ils requièrent que lui plaise inter-venir auprès de Mr le consul à Damas pour le sommer d'agir avec humanité et suivent le, institutions de procédure criminelle adoptées par les nations cis ilisées.

Ils ont l'honneur d'être...

Signature: Abrahan Asquenaze- Isaac Becar Moshé- Hanna Becar Isaac.

 

Constantinople, April 21, 1840

From: The Representatives of the Jews in Damascus.

To: The Ambassador of France.

Subject: Petitions presented by the Jews of Damascus regarding the assassination of Father Thomas.

Mr. Ambassador,

The undersigned, on behalf of the Jewish community in Damascus, are honored to present to your Excellency, these facts regarding the disappearance of Father Thomas Al-Capuci, a French subject, protected in his person and residence in the city of Damascus by France, causing a wave of suspicions toward the Jews, solely because someone saw Father Thomas entering the Jewish Quarters and did not see him leave immediately following this, Comte Ratti-Menton, the French Consul who resides in Damascus, arrested a number of Jews, detaining them in the local prisons of the Government. Some of them were subjected to torture.

Among those arrested was a barber, who was frightened by the torture. In hopes of winning his freedom, and to save himself the pain of torture, he accused seven notable Jews from the community. He said that they called him to slay the priest. Relying solely on his testimony, the seven most respected members of the Jewish community, who enjoy high reputations in France, and are well known by the high commercial houses, who have worked with them for many years, were arrested. They were subjected to frightful torture, because of these false accusations. Two of them broke down and four others followed. The rest preferred death to this frightful torture and have confessed that they were guilty. But the minute they found the opportunity to reflect on the matter, they have sworn that they knew nothing regarding the crime and hold fast to their innocence.

The law demands that the accused should not be interrogated until they are informed about the testimonies of the witnesses, those to their advantage as well as those against them, and they must not be subjected to torture.

The parties presenting this petition on their behalf are within their rights in presenting themselves to your Excellency's sense of justice. We know that they are proposing a humane request for intervention with Mr. Consul of Damascus, urging him to work in the spirit of humanity, and to follow the directives included by the criminal justice codes, which have been adopted by civilized nations.

We have the honor to sign:

Ibrahan Asquenazo, Isaac Becar Moshe'-Hanna Becar Isaac.

 

Constantinople, le 25 avril 1840

Le comte de Pontois au consul de Ratti-Menton.

Monsieur le consul,

Je crois devoir vous transmettre copie d'une requête qui vient de m'être adressée au nom de la communauté israélite de Damas, concernant les poursuites judiciaires auxquelles a donné lieu la disparition du Père Thomas.

Je suis persuadé d'avance que votre conduite, en cette circonstance, loin de mériter les inculpations dont elle est l'objet de la part des réclamants, a été de tout point, conforme à l'esprit d'équité et de philanthropie qui doit caractériser les actes de tout agent français. Mais comme je n'ai reçu de vous jusqu'à présent aucune information sur les détails de cette affaire et la part que vous y avez prise. Et comme, d'un autre côté, il me paraît malheureusement certain qu'on a, en effet, employé, pour venir à la découverte de la vérité, des moyens odieux que l'humanité repousse, et que la législation turque a elle-même abolis, je vous serai obligé de me mettre, aussi promptement que possible, en mesure de répondre à la requête qui m'est adressée et de repousser formellement, dans l'intérêt du gouverne-ment du roi, les allégations qu'elle contient.

Recevez...

 

Source: Archives Affaires Etrangères

Ambassade, Turquie, Direction politique. vol.280, fol.224-225 et 226, (nr.38).

 

Constantinople April 25, 1840

From: Comte de Pontois.

To: Consul Ratti-Menton.

Mr. Consul:

I see it as my duty to transmit to you a copy of the petition presented to me in the name of the Jewish community of Damascus. It is a petition related to the judicial follow up in the case of the disappearance of Father Thomas.

I am convinced beforehand that your behavior in this case, is far from the accusations contained in this petition, and that you have behaved in a manner befitting to the spirit of justice, love, and humanity, which characterizes the behavior of every French citizen. However, since I have not received from you any detailed information in this case and the proceedings you have followed I suspect people in the government used torture and bad procedures to get at the truth. These ugly methods are unacceptable to humanity in order to obtain the truth. Even Turkish Laws forbid the use of these methods. I find myself compelled to ask you to provide me, as soon as possible, with the proceedings which will allow me to reply to the contents of the petition which was presented to me, and to reply in a decisive manner. This is in the interest of the King's Government to expel the claims of the petition.

 

Source: Archives, French Foreign Ministry, The Embassy, Turkey, Directory of Politics. Vol. 280 pp. 224-226 (No. 38).

 

Alexandrie, le 30 avril 1840

Cochelet au Président du Conseil, ministre des Affaires Etrangères.

Objet: L'assassinat du Père Thomas.

Résumé de l'introduction: rappel du rapport du 4 avril- Réception du rapport du consul de Damas contenant les procès- verbaux des interrogatoires relatifs au P.Thomas, dans l'attente de ceux de son domestique...

«On a déjà cherché cependant à jeter des doutes tant sur le crime que sur les causes. On a voulu même incriminer les actes et le caractère de Mr Ratti-Menton.

Ce fonctionnaire honorable, justement blessé du reproche que l'on a fait à son humanité et du soupçon qu'on a osé élever sur sa délicatesse, m'a écrit la lettre en date du 24 avril, nr.II, accompagnée de deux pièces, avec prière d'adresser copie à Paris.

Vous penserez sans doute qu'il n'y a pas lieu à autoriser l'enquête sol-licitée par Mr Ratti et vous reconnaîtrez par la lecture de toutes les lettres et pièces l'injustice de l'accusation portée contre lui.

Je regrette toutefois que des amis imprudents des juifs ou des avocats maladroits, gagnés déjà sans doute par leurs largesses, cherchent à altérer ou à dénaturer les faits, car ils mettent ceux qui les connaissent parfaite-ment dans la necéssité de les publier, en les appuyant de toutes les preuves qui peuvent faire jaillir la vérité et convaincre les consciences les plus timo­rées.

La vérité, une fois connue et répandue, peut réveiller toutes les haines contre les juifs et donner lieu à de grands excès. Ce qu'il y aurait eu de plus prudent et de plus sage de la part des juifs eût été de laisser considérer le meurtre de Damas comme l'action d'un rabbin fanatique qui avait excité quelques-uns de ses coreligionnaires. Mais, en voulant nier le crime et l'usage du sang, on s'est exposé à une controverse qui va donner lieu à des graves ressentiments. On a déjà fait circuler en Syrie et ici une copie de quelques paragraphes du Talmud contre les chrétiens.

Quant à moi, j'ai évité, autant que possible, de me prononcer dans une affaire dont la poursuite appartient exclusivement à Mr le consul du roi à Damas qui est entièrement indépendant dans l'excercie de ses fonctions judiciares.

Je me suis borné, jusqu'à présent, à lui envoyer le 10 mars l'ordre de Mehémet Ali qui ordonnait à Chérif Pacha, gouverneur général de Syrie, d'activ°* les démarches relatives à la découverte de l'assassinat. En l'envoyant à Mr Ratti-Menton, j'ai ajouté:

«Vous veillerez seulement à ce que la poursuite et les arrestations qui auront lieu pour arriver à connaire la vérité soient faites avec les ménage­ments qui sont dans notre législation et que l'on doit observer envers de simples accusés. Il faut que la vérité se découvre sans que l'on soit obligé d'employer des mesures qui répugnent à nos moeurs et qui ne sont pas de notre époque».

J'ai écrit aussi particulièrement à Mr Ratti-Menton de laisser au seul consul d'Autriche la responsabilité de ses actes, s'il ne punit pas ceux de nos nationaux que la procédure signale comme coupables, en ajoutant qu'ils seraient justiciables de l'opinion publique qui les flétrirait, si leur gouvernement ne sévissait pas.

Mais, en traçant à Mr le consul du roi à Damas une ligne de conduite sage et prudente, je pense que Votre Excellence qui a sous les yeux les pièces du dossier et qui doit encore en recevoir d'autres, repoussera les allégations de ceux qui exploitent les affaires de Damas dans le sens de leurs intérêts et de leurs passions et qui cherchent à représenter la conduite du consul du roi comme illégale et arbitraire et même vénale, lorsque l'opinion publique rend heureusement à son caractère ferme, humain et intègre une entière justice.

Je suis...

 

Annexe: le rapport du consul Ratti-Menton. Voir page suivante.

 

Alexandria, April 30, 1840

From: Cochelet.

To: The President of the Council, Minister of Foreign Affairs.

Subject: The Assassination of Father Thomas.

A Brief Introduction: Referring to the report of April and the report which we received from the Consul in Damascus, which contained the minutes of interrogation regarding the case of Father Thomas, we are awaiting the latest developments.

At this time they are trying to cast doubts, regarding the question of the crime, and the subject of its cause. They also want to accuse Mr. Ratti-Menton, as to his actions and his character.

This honest public official has been wounded by the accusations which question his humanity, and the doubts which they have dared to cast against his fine behavior. He sent me a message on April 24th, accompanied by two documents, and he requested of me to send him a copy of it to Paris.

You must certainly be thinking that there is no room to allow criticism against the investigation conducted by Mr. Ratti. You will understand after rereading all messages and reports the depth of these unjust and false accusations which have been directed against him.

At the same time, I feel sorry for the way the friends of the Jews have behaved and the behavior of their lawyer who has been lacking in a proper and upright manner, in order to receive the spoils given him. They have attempted to forge and change the nature of the events, subjecting those who knew them well to a character assassination campaign. They have relied upon any proof capable of hiding the truth in order to convince, to the contrary, those who have a clean and pure conscience.

The mere disclosure of these facts may ignite prejudices against the Jews and, prepare the way for wide reactions against them. However, the Jews have sufficient caution, and cleverness to avoid a slip up in this murder case in Damascus. This case is the scheme of a fanatic Rabbi who managed to stir up a number of his religion brothers. In their attempt to deny the crime, and their denial of the use of blood, they have become subject to contradictions which have provided an opportunity for serious consequences. Presently there are some people in Syria and in Egypt who are distributing verses from the Talmud which are anti-Christian.

For me personally, I tried in every way possible to avoid becoming involved or intervening in a case that was considered to be within the sphere of the jurisdiction, of the King's Consul in Damascus. He is completely independent in the practice of his legal activities.

I limited myself until March 10th, from involving him until Mohamad Ali's order to the Governor General of Syria, Sharif Pasha was received, an order which requested him to work hard in order to discover the murderer. I also attached to this order, which I sent to Mr. Ratti-Menton, the following message,

"Make sure that the proceedings of this case, and the arrests that take place as a result arrive only at obtaining the truth in accordance with our laws, and jurisprudence, protecting the less important (secondary status) of the accused. The discovery of the truth is a must, however, without the use of methods which are not in agreement with our traditions and which are inappropriate to our age."

I also wrote in a personal manner to Mr. Ratti-Menton to hold the Austrian Consul responsible for his acts if those persons proved to be guilty are not punished, then public opinion had the right to abhor and to disapprove of this act.

With wise and careful behavior by the King's Consul in Damascus, I am of the opinion that your Excellency may work to dispel the false accusations of those who are trying to exploit the situation in Damascus for their own interest through their use of emotionalism and the falsification of the behavior and actions of the King's Consul, instead of accusing him of being unjust and heavy handed. Without regard to legitimacy, or even bribery, justice can prevail completely when a sense of satisfaction has been restored and the public believes that these people have been dealt with in an honest and humane manner.

 

Annexe au rapport du consul Cochelet du 30 avril 1840

Rapport du consul à Damas Ratti-Menton. le 24 avril 1840

Objet: le consul autrichien el ses tentatives de défendre les responsables juifs.

Monsieur le Consul général,

Nia lettre nr.l0 venait d'être expédiée, lorsqu'il m'est tombé entre les mains un document dont je ne veux pas tarder à vous donner communication. Ce document se trouve ci-joint. C'est la traduction d'une lettre écrite en dernier lieu par Mr Laurin (Consul général d'Autriche à Alexandrie) à Mr Merlato (consul d'Autriche à Damas). J'ignore si avant sa démarche auprès du vice-roi et surtout avant son invitation à Mr d'Appony (ambassadeur d'Autriche à Paris) il y a eu sur cette affaire quelque conférence avec vous. Il n'en parle et je conclus que Mr Laurin a été en cette occasion ce qu'il devait être après nos précécents mutuels en Sicile.

Mr le consul général d'Autriche se plaint sans doute, d'après le référé de Mir Merlato de mes actes arbitraires a l'égard de Mr Picciotto et de Mr Ayrout. Ce dernier est qualifié de négociant autrichien. Et d'abord, Mr Ayrout est un arabe. Il était écrivain d'Ihrahin Pacha. Le généralissime le chassa de son service pour cause d'inconduite. En second lieu, Mr Ayrout, comme je l'ai écrit au consul d'Autriche n'est point propriétaire de la maison où j'ai été faire une perquisition. Cette maison appartient au beau-père de Mr Ayrout, le Saydha (Saydah), Raya, lequel l'habite avec toute sa famille. Il y logeait son gendre, en passant. Depuis cette visite, Mr Ayrout a quitté la chambre qu'il occupait et s'en est allé habiter autre part. Peut-on d'après cela qualifier raisonnablement d'arbitraire mon entrée dans une maison de Raya avec le consentement exprès de l'autorité locale qui me faisait assister par ses agents de police'?

Pour ce qui concerne Mr Picciotto, il m'est impossible de ne pas être un peu plus long. Et encore, hien des incidents doivent être passés pour ne pas être interminables.

Dans le principe de cette affaire du Père Thomas, cet individu se trouvait un soir chez Mr Beaudin, où il y avait, outre les chrétiens du pays, Mr le consul d'Angleterre, le l'èrre Eustet, lazariste, et Mr Santi, sujet français et pharmacien de l'hôpital de Damas. La question était tombée sur la nouvelle du jour. Mr Santi apostropha avec une telle violence le Mr Picciotto et menaça avec une si véhémente énergie de se porter à des excès contre les juifs vis-à-vis desquels il prétendait que j'usais de faiblesse que je le fis conduire immédiatement dans la prison du consulat d'où il ne sortit que le lendemain, par considération pour sa famille dont il est l'unique soutien et d'après la promesse formelle qu'il me fit de s'abstenir désormais de toute activité illégale.

Le 10 février, un français, délégué par moi, devait continuer avec le consentement du consul d'Autriche et l'assisstance de son 'chancelier, qui est juif ionien, quelques visites domiciliaires dans des maisons de protégés autrichiens ou toscans. Mr Picciotti vient me trouver pour me demander d'exempter sa maison de toute perquisition, parce que, disait il, cela ferait un mauvais effet dans le public et sa maison ne fut pas visitée.

Pendant que le barbier juif Soliman restait chez moi où j'espérais l'amener à des révélations, en lui promettant son pardon, Mr Pissiotti se présenta encore au consulat avec le chancelier de Mr Merlato et j'étais si peu disposé à agir arbitrairement vis-à-vis de lui que par un excès de con-fiance aveugle et contrairement aux usages judiciaires, sur sa demande expresse faite devant plusieurs témoins, je consentis à ce qu'il eut un entre-tien particulier avec le barbier. Le même jour, j'ai su qu'il avait profité de cet entretien pour engager le barbier à persister dans ses dénégations. Et pourtant je ne l'ai pas fait citer comme suborneur de témoins.

J'ai eu tort, je l'avoue, de lui avoir appliqué le qualificatif d'assassin avant une décision judiciaire sur cette question. Mais, la rétractation que je fais ici, je l'ai faite à Mr Merlato dans ma lettre. Cette expression était le résultat d'un mouvement de véracité que Mr Picciotto avait provoqué par son apostrophe hors de saison, ses menaces du consulat et du gouverne-ment autrichien et l'étalage pompeux de sa généalogie. A propos de généalogie, je vous demanderais le consul général, de faire ici une digression à la lettre de Mr Laurin.

J'apprends, de source certaine, que Mr Eliaou Picciotto, oncle du président et consul général d'Autriche à Alep, s'est plaint au généralissime (Ibrahim Pacha) de ce que, sans égard pour son nom et sa qualité consulaire on avait agi si légèrement envers son neveu. Mr Eliaou Picciotto qui veut aujourd'hui que les vertus sortent de leur caractère d'individualité pour s'étendre à la famille, consentirait-il pareillement à ce que les crimes perdissent leur caractère de personnalité? Que peut signifier cette prétention de faire rentrer dans la balance de la justice le poids d'un nom quel-conque? Mr Eliaou Picciotto a-t-il fait valoir un pareil argument devant te tribunal toscan qui a condamné aux galères de Livourne, pour cause d'assassinat d'un capitaine, un autre de ses neveux, cousin de celui que l'on poursuit ici? Et le frère de celui-ci n'a-t-il pas été obligé de quitter Alexandrie pour cause d'escroquerie et n'a-t-il pas abandonné lestement Constantinople où il allait être poursuivi à la suite d'un vol de schales? Pour que toutes choses fussent égales, il faudrait que la famille Picciotto, qui veut que l'on tienne compte de ses vertus à ses membres gangrenés, consentit en dernière analyse à subir la clause d'ignominie pour les vices de ces derniers. Mais je reviens à la lettre de Mr Laurin.

Je passe d'abord à l'accusation des actes arbitraires contre les juifs en général, accusation qui, d'après les termes de cette lettre, doit être l'objet d'une négociation spéciale d'ambassadeur à souverain. Il faut me connaître bien peu (et Mr Laurin me connaît assez) pour me lancer une pareille accusation. Qu'entend-il par actes arbitraires? Sont-ce de visites domiciliaires dans des maisons dénoncées comme suspectes? Tous les jours et dans tous les p'ays du monde de pareilles visites ont lieu. Et, ayant lieu par l'entremise de l'autorité constituée, elles n'ont jamais été qualifiées d'arbitraires. Sont-ce les arrestations préventives sur dénonciation de témoins? Mais tous les jours aussi, dans les affaires criminelles comme dans les questions de complot, nos procureurs du roi en France et ailleurs les magistrats spéciaux font opérer des arrestations qui n'amènent d'autres résultats définitifs que la mise en liberté pour cause de non lieu? Est-ce là de l'arbitraire?

Ah, si ce mot a été employé dans l'intention de faire comprendre par son usage vague et indéterminé que j'ai exercé ou fait exercer des actes de violence quelconque. Alors, je ne ménage pas l'expression à quelque adresse qu'elle doive aller et je donne un démenti formel à l'accusateur.

Si j'avais été le partisan de la violence, je ne serai pas intervenu d'une manière énergique auprès des populations musulmanes et chrétiennes. Et peut-être aujourd'hui il n'existerait pas un juif à Damas. Mille témoins pourront attester ce que j'avance. Ils pourront dire que pendant plusieurs jours et plusieurs nuits les cawas du consulat ont dû rester avec la patrouille dans le quartier juif pour empêcher les chétiens et les turcs de se porter à des actes de violence contre des hommes du peuple que je n'ai jamais con-fondu dans l'accusation avec les véritables coupables. Et les enfants arrêtés par ordre de Schérif Pacha, dans l'espoir que les parents feraient quelques révélations, n'ont-ils pas été rendus à leurs familles sur ma demande?

Le Sieur Schehadé Stambouli, frère d'un des assassins contumaces, n'est-ce pas moi qui lui ait fait donner la liberté dont il n'a profité que pour se livrer à de nouvelles intrigues auprès de Mr Péretz, juif allemand converti. N'ai-je pas depuis trois semaines adressé inutilement plusieurs demandes, tant verbales qu'écrites, au gouverneur général pour l'engager à relâcher le Sieur Moussa Farhi, père d'un autre accusé contumace et dans l'arrestation duquel je ne suis entré pour rien?

Je dirai plus. J'ai cherché, en cas où la chose serait possible, à faire ouvrir la porte de la prison au Malien Raphaêl qui a été l'un des premiers a entrever dans le principe la marche de l'affaire et dont le fils, sans aucun mauvais traitement quelconque, s'est déclaré un des complices dans l'assassinat du domestique. Mr Beaudin, ayant été allé le voir dans la prison et ne le trouvant pas convenablement logé, n'a-t-il pas demandé, après m'avoir consulté, qu'on lui donnât une meilleure chambre? Sont-ce tous ces actes qui constituent des actes arbitraires? Oh, alors oui, je me déclare coupable et que Mr Laurin prononce.

Encore un mot sur cet objet.

Le 29 février, la culpabilité des prévenus, étant constatée par la découverte des restes du P.Thomas et des circonstances en dépendant, Schérif Pacha me fit dire par Mr Beuadin que les accusés étant condamnés. Mais que si j'y consentais, il croyait que ce serait bien de surseoir à leur exécution jusqu'à l'arrivée des ordres du généralissime. Ma réponse ne fut pas douteuse. Et si j'avais été tellement altéré du sang de mes semblables, ces hommes n'existeraient pas aujourd'hui.

Il reste à traiter la question relative à la jalousie qu'inspirent les richesses des juifs. Est-ce moi qui en suis jaloux? Mr Laurin ne le dit pas formellement. Mais, comme dans l'ensemble de sa lettre mon nom seul se trouve énoncé, je dois m'appliquer l'accusation.

Si Mr Laurin avait été loyalement informé, il aurait su que les juifs de Damas eussent payé de tout l'or qu'ils possédaient une transaction sur l'assasinat du Père Thomas. Ils savent que depuis longtemps ils mettent sur leur responsabilité la disparition d'une foule d'individus appartenant à d'autres croyances. Vous comprenez, dès lors, Mr le consul général, qu'il s'agit pour eux d'une affaire capitale. La procédure, aujourd'hui pendante, tombant par l'intervention du consul de France, toutes les inculpations précédentes rentreront naturellement dans le néant. La condamnation de quelques individus leur importait fort peu. Au fond, pour arriver à cette condamnation, il fallait passer par des révélations sur quelques passages de leurs livres et à des explications sur plusieurs de leurs pratiques religieuses. Là était toute la question.

Je rougis jusqu'au blanc des yeux d'être condamné à entrer dans des détails terre à terre. Mais, je ne puis m'empêcher de dire, et des hommes honorables peuvent en témoigner, que pour les sommes assez rondes qui ont été offertes à des personnes qui ne figurent qu'en second plan dans la poursuite de cette affaire, j'aurais pu profiter de cette circonstance pour satisfaire largement ma prétendue jalousie. En effet, Mr le consul général, outre deux schales de chachemire et deux fleurs en diamants offertes à Mr Beaudin, on a proposé à cet employé 150 mille Piastres, s'il parvenait à détruire mes convictions sur le fait de l'assassinat. Vous comprenez la réponse qui a dû être faite par cet employé. Mr Chubli, qui m'a offert son assistance gratuite pour toutes les écritures que j'aurais à faire en langue arabe pendant que Mr Beaudin était occupé aux recherches avec moi, Mr Chubli a reçu d'un nommé Eliahou Nahmed, joallier juif, en présence du Dr Salina, protégé anglais, la proposition de 1000 (mille) bourses, s'il voulait s'employer en faveur de la question juive. Ces propositions ont été entamées deux fois et deux fois elles ont été repoussées.

Je le répète, si le consulat du roi avait voulu faire de cette question une question d'argent, et moi et tout ce qui m'entoure, nous pouvions puiser largement dans ces trésors tant vantés des juifs.

Mais non. Et ici j'en appelle au peu de conscience qui peut rester aux accusateurs. Une pareille pensée n'est venue à personne, et c'était pour prévenir les tentations de corruption que, dès le principe, j'ai eu l'honne